Sur le terrain · Réchauds & popote
Cartouche de gaz : combien en emporter en randonnée
Consommation par litre d'eau bouillie, calcul d'autonomie de 2 à 7 jours, formats et compatibilités, froid, stockage et recyclage des cartouches.
Publié le 7 min de lecture

La question tombe toujours la veille du départ : une cartouche de 100 g ou une de 230 g ? On emporte presque toujours trop, ce qui coûte 150 g inutiles, ou trop peu, ce qui coûte un dîner froid. Le calcul est pourtant simple dès qu’on part d’un chiffre fiable : la consommation de gaz par litre d’eau portée à ébullition.
La consommation réelle, par litre
Les fabricants publient l’information, mais pas sous la forme d’une consommation : ils annoncent un nombre de litres bouillis par cartouche. Il suffit de diviser.
| Réchaud | Annonce du fabricant | Consommation déduite |
|---|---|---|
| MSR PocketRocket 2 | environ 16 litres par cartouche de 227 g | environ 14 g par litre |
| Jetboil Flash | environ 10 litres par cartouche JetPower de 100 g | environ 10 g par litre |
| Soto WindMaster | environ 1 h 30 de flamme par cartouche de 250 g | environ 4 minutes de flamme par litre |
L’écart entre 14 g et 10 g n’a l’air de rien : sur une semaine à deux, il représente une cartouche de 100 g. C’est tout le bénéfice de l’échangeur de chaleur d’un système intégré, expliqué dans le guide des réchauds.
Ces chiffres valent en laboratoire, sans vent, avec de l’eau à température ambiante. Sur le terrain, majorez de 20 à 30 % : l’eau d’un torrent est à 5 ou 6 °C, le vent souffle, la cartouche refroidit au fil de la soirée. C’est cette marge qui évite les mauvaises surprises.
Le calcul, jour par jour
Partons d’un usage classique : un repas lyophilisé le soir (400 ml), un petit-déjeuner chaud (350 ml), une boisson (250 ml), soit 1 litre par personne et par jour.
| Sortie | Litres à bouillir | Gaz nécessaire (brûleur nu, marge comprise) | Cartouche à prendre |
|---|---|---|---|
| 2 jours, 1 personne | 2 L | environ 35 g | 100 g |
| 3 jours, 2 personnes | 6 L | environ 105 g | 230 g, ou deux fois 100 g |
| 5 jours, 1 personne | 5 L | environ 90 g | 100 g (juste) ou 230 g (confortable) |
| 7 jours, 2 personnes | 14 L | environ 245 g | 230 g + 100 g |
Trois réglages à faire selon votre situation. Si vous cuisinez vraiment (pâtes, riz, mijoté), doublez la durée de flamme et donc la consommation : bouillir coûte peu, mijoter coûte beaucoup. Si vous devez faire fondre de la neige, comptez trois à quatre fois plus de gaz que pour chauffer de l’eau liquide. Et si vous filtrez votre eau plutôt que de la bouillir, ce qui est préférable, la consommation reste celle du tableau ; c’est le sujet du guide sur filtrer son eau.
Formats et compatibilités
Trois familles se croisent en rayon, et elles ne se mélangent pas.
La valve à vis, norme EN 417. C’est le standard mondial, avec un filetage de 7/16 de pouce au pas UNEF. Une cartouche Primus se visse sur un réchaud MSR, une cartouche Kovea sur un Jetboil. Formats courants : 100 ou 110 g, 230 g, 450 g de gaz net. C’est le format à privilégier, en France comme en voyage, parce qu’on en trouve partout.
Les cartouches Campingaz à valve rapide CV (CV 270, CV 300, CV 470). Elles se clipsent, se retirent en cours d’utilisation, mais ne se vissent pas sur un réchaud EN 417 sans adaptateur. Elles sont très répandues dans la grande distribution française et quasiment absentes ailleurs.
Les cartouches perçables de type C206, à l’ancienne : une fois montées, elles ne se retirent plus tant qu’elles ne sont pas vides. À éviter en itinérance.
Un mot sur le poids total, souvent oublié dans les listes de matériel : l’acier compte. Une cartouche de 230 g de gaz pèse environ 375 à 400 g pleine, et une de 100 g environ 220 à 250 g. Pensez-y quand vous bouclez votre liste de matériel.
Ce que contient la cartouche, et pourquoi ça change tout au froid
Le gaz est un mélange liquéfié, et sa composition décide de son comportement par temps froid. MSR annonce pour l’IsoPro un mélange à dominante isobutane, autour de 80 % d’isobutane pour 20 % de propane ; Jetboil annonce pour le JetPower environ 73 % d’isobutane, 25 % de propane et 2 % de butane ; les mélanges d’entrée de gamme s’appuient davantage sur le butane pur, moins cher.
Cette différence se lit sur les points d’ébullition. Le butane repasse à l’état liquide autour de 0 °C et ne fournit plus de pression. L’isobutane tient jusqu’à environ moins 12 °C. Le propane descend bien plus bas. Une cartouche riche en butane est donc parfaite en juillet et inutilisable en avril à 2 000 mètres.
Deuxième phénomène, moins connu : le propane s’échappe plus vite que les autres gaz, parce que sa pression est plus élevée. Une cartouche à moitié consommée contient proportionnellement moins de propane qu’une cartouche neuve, et résiste donc moins bien au froid. En sortie hivernale, partez avec une cartouche neuve.
Trois gestes utiles quand il fait froid : gardez la cartouche dans le sac de couchage la nuit et contre vous pendant que l’eau chauffe, posez-la sur un morceau de mousse plutôt que sur la neige, et ne la réchauffez jamais à la flamme. Si vous bivouaquez régulièrement sous zéro, les réchauds à combustible liquide sont une réponse plus fiable.
Savoir ce qu’il reste
La méthode qui fonctionne est la pesée. Avant votre premier départ, pesez la cartouche neuve sur une balance de cuisine et notez le chiffre au marqueur sur le flanc. Pesez ensuite une cartouche du même modèle une fois vide : vous connaissez alors le poids de l’acier. Au retour de chaque sortie, une pesée vous dit exactement combien de grammes de gaz restent, donc combien de litres vous pouvez encore faire bouillir en divisant par 14.
Les méthodes approximatives (secouer, faire flotter la cartouche dans l’eau, comparer à l’oreille) donnent une idée mais pas un chiffre. Elles dépannent en refuge, pas au moment de préparer le sac.
Rangez les cartouches entamées ensemble et utilisez toujours la plus entamée en premier sur les sorties courtes, près de chez vous. C’est la meilleure façon d’éviter le tiroir plein de fonds de cartouches.
Stockage et recyclage
Une cartouche se stocke debout, au sec, à température modérée, à l’abri du soleil direct. Ni coffre de voiture en plein été, ni placard au-dessus d’un radiateur. Vérifiez le joint de la valve à chaque vissage : c’est la pièce qui fuit.
Une cartouche vide ne se jette ni à la poubelle ordinaire ni au tri classique tant qu’elle contient du gaz résiduel. La bonne pratique consiste à la vider complètement, à la percer avec un outil prévu pour cela, puis à la déposer en déchetterie avec les métaux. Renseignez-vous auprès de votre collectivité : certaines déchetteries les reprennent directement, d’autres exigent qu’elles soient percées.
En voyage
Aucune cartouche ne voyage en avion, ni en cabine ni en soute. La seule stratégie viable est d’emporter le brûleur, vide et propre, et d’acheter la cartouche à l’arrivée. C’est un argument de plus en faveur du format EN 417 : il se trouve dans la plupart des magasins d’outdoor du monde, alors que les formats propriétaires français disparaissent dès qu’on passe une frontière. Prévoyez tout de même une solution de secours pour le premier soir, arrivée tardive et magasins fermés étant la combinaison classique.
Sources
- Cascade Designs (MSR), fiche produit PocketRocket 2 (16 litres bouillis par cartouche de 227 g, autonomie), cascadedesigns.com, consultée le 23 septembre 2026.
- Jetboil France, fiche produit Flash (10 litres bouillis par cartouche JetPower de 100 g), jetboil.fr, consultée le 23 septembre 2026.
- Soto Outdoors, fiche produit WindMaster (environ 1 h 30 de flamme par cartouche de 250 g), sotooutdoors.com, consultée le 23 septembre 2026.
- Norme EN 417 (cartouches métalliques non rechargeables pour gaz de pétrole liquéfiés, valve filetée 7/16 pouce UNEF).
- Cuisine du Campeur, comparatif des cartouches à visser (poids nets et poids totaux relevés en boutique), et Ours des Sentiers, « Les types de cartouches de gaz » (formats EN 417, Campingaz CV et perçables), consultés le 23 septembre 2026.
Questions fréquentes
- Combien de gaz faut-il par jour en bivouac ?
- Comptez 1 litre d'eau bouillie par personne et par jour pour un menu lyophilisé, soit environ 14 g de gaz avec un brûleur classique et environ 10 g avec un système intégré. Une cartouche de 100 g couvre donc une personne pendant six à huit jours en belle saison.
- Comment savoir ce qu'il reste dans une cartouche ?
- En la pesant. Pesez-la neuve avant le premier départ et notez ce poids, puis pesez une cartouche vide du même format : la différence entre les deux vous donne la réserve, et une simple soustraction vous dit ce qu'il reste.
- Les cartouches sont-elles toutes compatibles entre elles ?
- Non. Les cartouches à valve à vis conformes à la norme EN 417 sont interchangeables entre marques (MSR, Primus, Jetboil, Optimus, Kovea). Les formats Campingaz à valve rapide CV et les cartouches perçables C206 sont propriétaires et demandent un adaptateur.
- Peut-on jeter une cartouche vide à la poubelle ?
- Non, elle part en déchetterie avec les métaux, et seulement une fois complètement vide et percée. Des outils dédiés, comme le CrunchIt de Jetboil, servent à percer la cartouche proprement avant de la déposer.
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