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Nuit Dehors

Sur le terrain · Bivouaquer

Bivouac sous la pluie : passer la nuit au sec

Monter et vivre un bivouac pluvieux sans finir trempé : emplacement, ordre du montage, condensation, abside, séchage et départ du matin.

Publié le 6 min de lecture

Vue depuis une tente sur un lac de montagne sous la pluie, une randonneuse en veste rouge abritée sous un parapluie

Une nuit de pluie ne se joue pas au moment où les gouttes tombent, mais une heure avant, quand vous choisissez où poser la tente et dans quel ordre vous sortez vos affaires. Bien fait, un bivouac pluvieux est confortable et même agréable. Mal fait, tout finit humide en vingt minutes, y compris le sac de couchage.

Où poser la tente quand le sol est déjà mouillé

Le terrain se lit différemment sous la pluie. Une herbe grasse et bien verte signale un sol qui retient l’eau. Une petite dépression, même de dix centimètres, devient une flaque en deux heures. Un lit de torrent à sec ou une vasque de galets sont à proscrire : ils se remplissent vite et parfois brutalement quand il pleut en amont, très loin de vous.

Cherchez une bosse douce, un sol drainant, des aiguilles de pin, du gravier fin, une pelouse rase mais bombée. Sous les arbres, évitez les branches basses qui vous arroseront en gros paquets bien après la fin de l’averse, et les arbres isolés, déconseillés par Météo-France en cas d’orage. Le reste des critères de terrain (pente, vent, troupeaux, crues) est détaillé dans le guide sur le choix de l’emplacement.

Ne creusez pas de rigole autour de la tente. C’est une vieille habitude de camping, elle abîme durablement le sol, et elle est incompatible avec le principe de ne laisser aucune trace que rappellent les parcs et l’Office national des forêts.

L’ordre de montage qui change tout

Le principe est simple : ce qui doit rester sec ne doit jamais voir le ciel. Avec une tente dont le double toit et la chambre se montent ensemble, ou une tente qui se monte par l’extérieur, tout est réglé. Avec une tente qui se monte chambre d’abord, montez la chambre pliée en deux, jetez le double toit dessus dès que les arceaux sont en place, puis finissez en dessous.

Dans la pratique, cela donne quelques gestes à enchaîner sans réfléchir :

  1. Gardez la veste imperméable sur vous, capuche relevée, et le sac à dos fermé et couvert, posé à l’écart.
  2. Dépliez la tente côté vent au sol pour qu’elle ne s’envole pas, arceaux en premier.
  3. Tendez le double toit à fond avant toute chose : c’est lui qui crée votre abri de travail.
  4. Plantez les sardines d’abside en dernier, en tendant bien, sinon le toit touche la chambre et l’eau traverse par contact.
  5. Entrez à genoux dans l’abside, enlevez la veste et les chaussures là, et seulement ensuite passez dans la chambre.

Le détail des gestes de montage par mauvais temps, vent compris, est développé dans le guide monter sa tente sous la pluie et par grand vent.

Condensation : le vrai ennemi de la nuit

Une personne rejette de l’ordre d’un demi-litre d’eau par nuit en respirant et en transpirant. Sous une pluie continue, l’air extérieur est déjà saturé, le toit est froid, et cette vapeur se dépose en gouttelettes sur la face interne du double toit. Beaucoup de bivouaqueurs concluent que la tente fuit alors qu’elle fonctionne normalement.

Trois gestes limitent les dégâts. Laissez les aérations hautes et basses ouvertes, même s’il pleut : elles sont protégées par des casquettes de tissu. Ne fermez pas complètement la porte, gardez un entrebâillement sous le vent. Et ne cuisinez pas dans la chambre : faire bouillir un demi-litre d’eau ajoute autant de vapeur qu’une nuit entière de respiration, sans compter le risque d’incendie et de monoxyde de carbone.

Au matin, essuyez le toit avec une microfibre de 20 à 30 grammes avant de replier. Vous gagnez souvent un demi-litre d’eau et beaucoup de poids dans le sac.

Symptôme au réveil Cause probable Correction
Gouttes sur la face interne du double toit Condensation Ouvrir les aérations, entrebâiller la porte
Chambre mouillée par plaques Toit qui touche la chambre Retendre les haubans et les sardines
Plancher humide par en dessous Tente posée dans un creux Changer d’emplacement, point haut
Filet d’eau le long d’un arceau Coutures ou revêtement fatigués Traiter les coutures au retour

Vivre dans deux mètres carrés

L’abside est la zone humide : chaussures couchées sur le côté, semelles vers l’extérieur, veste, sac à dos, réchaud si vous cuisinez à l’abri du vent en restant à l’air libre. La chambre est la zone sèche : matelas, sac de couchage, vêtements de nuit, frontale, téléphone. La règle tient en une phrase, rien de mouillé ne franchit la porte.

Changez-vous dès que vous êtes installé. Des vêtements de nuit qui ne servent qu’à dormir, jamais à marcher, restent secs tout le séjour. Les vêtements humides de la journée se glissent au fond du sac de couchage, près des pieds, ou entre le matelas et le sac : la chaleur du corps en sèche une partie pendant la nuit, à condition qu’ils soient humides et non trempés. Un duvet en garnissage synthétique encaisse mieux cette humidité qu’un duvet en plumes, comme l’explique la comparaison duvet ou synthétique.

Repartir le matin et sécher au retour

Repliez la tente double toit en dernier, pour rester protégé le plus longtemps possible. Secouez, essuyez, et rangez la toile mouillée dans un sac à part plutôt qu’au contact du duvet. Si vous enchaînez une deuxième nuit, profitez de la première éclaircie, même de vingt minutes, pour étaler le double toit sur un rocher ou un buisson : c’est plus efficace qu’une heure de soleil rasant le soir.

L’entretien qui suit une série de nuits humides, du nettoyage à la reprise des coutures, est traité dans le guide sur l’imperméabilisation et la réparation d’une tente. Une tente qui sèche vite après chaque sortie dure beaucoup plus longtemps qu’une tente chère mal rangée.

Quand renoncer

La pluie seule n’est pas un motif d’annulation. L’orage en est un, surtout au-dessus de la limite des arbres : Météo-France rappelle d’éviter les arêtes et les sommets, de ne pas s’abriter sous un arbre isolé et de s’écarter des objets métalliques, bâtons de marche compris. Les épisodes de fortes pluies en sont un autre, notamment dans le sud du pays, où de petits cours d’eau montent en quelques dizaines de minutes. Avant de partir, regardez la carte de vigilance de Météo-France et, si votre itinéraire suit une rivière, le site Vigicrues.

Sources

Les volumes de condensation et les poids indiqués sont des ordres de grandeur issus de fiches fabricants, de notices et de retours d’utilisateurs recoupés, pas de mesures faites par nos soins.

Questions fréquentes

Ma tente prend l'eau par le sol, que faire ?
Neuf fois sur dix, le plancher ne fuit pas : il est posé dans une flaque ou dans un creux qui se remplit. Déplacez-vous de quelques mètres sur un point haut, et ajoutez un tapis de sol coupé un peu plus petit que le plancher, jamais plus grand.
Faut-il ouvrir les aérations quand il pleut ?
Oui. Fermer tout fait tomber de la condensation toute la nuit. Les aérations hautes et basses sont conçues pour rester ouvertes sous la pluie, l'eau ne rentre pas par elles.
Peut-on ranger une tente mouillée dans son sac ?
Pour rentrer ou pour marcher une journée de plus, oui, sans problème. Ce qu'il ne faut pas, c'est la laisser humide plusieurs jours dans le sac : c'est comme cela que le revêtement se décolle et que les odeurs s'installent.
Vaut-il mieux renoncer quand la pluie est annoncée ?
Une pluie continue se gère. Ce qui justifie de renoncer, c'est l'orage annoncé en altitude, le vent fort et les épisodes de fortes pluies signalés par la vigilance de Météo-France, notamment près des cours d'eau.

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